28 décembre 2017

L'épanouissement au coeur des engagements étudiants

S'épanouir sans être égoïste, servir l'intérêt général sans se sacrifier sur l'autel du militantisme, telle est la philosophie de l'engagement étudiant dégagée, dans sa thèse de sociologie, par Claire Thoury, déléguée générale du réseau Animafac.


Ce travail que l'intéressée a présenté le 6 décembre, lors de la soirée Paris Je m'engage organisée par et à la Mairie de Paris, s'appuie sur une soixantaine d'entretiens auprès d'étudiants engagés dans des structures associatives (étudiantes ou pas), des syndicats étudiants, des partis politiques, ou dans le mouvement social Nuit debout, ainsi qu'auprès d'anciens étudiants engagés afin de savoir comment les mobilisations s'inscrivent dans la durée. 

"Faut le vivre, c'est dingue ! Je n'ai jamais l'impression de travailler, je m'amuse, je joue un jeu", s'ébahit Anthémios, membre d'une Junior-Entreprise, association étudiante à vocation économique et pédagogique. Léa, quant à elle, déclare que son engagement lui a permis d'être "embarquée dans un tourbillon de bonheur". Investie dans une association consacrée au développement durable, la jeune femme s'est "rendu compte que les gens de l'asso, ce sont vraiment (ses) amis. Je fais l'asso encore plus pour les voir que pour faire des projets finalement", confie-t-elle. Pour Paul, impliqué dans l'organisation d'un festival de musique, c'est  "l'impression d'être utile" qui renforce son plaisir à agir. 

"Il n'y a jamais aucune référence au devoir ou au sacrifice dans le discours des étudiants", commente Claire Thoury. Quel que soit le projet, l'enjeu de l'épanouissement ne peut être ignoré ni minimisé. La cause importerait-elle peu, pourvu qu'on ait l'ivresse ? Pas du tout, réagit immédiatement la chercheure, "le projet est fondamental", mais on ne s'engage pas uniquement pour lui. L'engagement des étudiants témoigne d'une "articulation très subtile entre quête de sens et quête d'épanouissement".

Dans les modèles classiques de militantisme, l'association des individus qui s'engagent dans une structure fait masse et la masse crédibilise la cause et le projet. On était sur la figure d'un militant qui adhère à une grande organisation avec des consignes précises pour défendre les idées que celle-ci porte. Aujourd'hui, ce sont les engagés qui font la ligne et le jour où elle ne leur convient plus, ils s'en vont. Pragmatique, l'étudiant engagé n'est plus prêt à sacrifier son épanouissement au profit d'une cause ou de la structure. Cela ne retire rien à l'intensité de l'implication, qu'on la mesure au temps passé à la réalisation d'un projet, aux attentes vis-à-vis de celui-ci, ou à la façon dont l'engagement se diffuse dans toutes les sphères de la vie des engagés. Par delà leur diversité, les engagements des étudiants contemporains ont en effet en commun le fait d'être particulièrement intenses, note la chercheure.

"Outil de subjectivation, réponse aux épreuves identitaires, expérimentation du politique, rite initiatique non organisé de passage à l'âge adulte, moyen de s'émanciper d'un système éducatif rigide", l'engagement occupe une place centrale dans l'existence des étudiants jusqu'à devenir un élément constitutif de leur identité, souligne Claire Thoury. Cette expérience structure durablement la vie des individus. Ainsi, les anciens étudiants estiment que, s'ils ne s'étaient pas engagés, leur vie présente serait différente tant au plan privé que professionnel, ainsi qu'en termes de valeurs, de rapport aux autres et à eux-mêmes.


                                                                              Caroline Helfter

21 décembre 2017

Le 6 décembre à l'Hôtel de Ville de Paris...des "battles" pour débattre

C'est le 17 décembre 1985 à New-York que l'ONU a décidé de créer la journée mondiale du bénévolat afin de promouvoir le travail des bénévoles et mettre en avant le rôle joué par les structures associatives pour le développement économique et social.

Comme dans de nombreux pays, la France réserve une place de choix à cet évènement, tant au niveau régional que national.

Cette année, comme tous les ans, la Mairie de Paris a organisé le 6 décembre dernier un évènement à l'Hôtel de Ville, qui réunissait, au sein du « village des associations » les associations parisiennes actrices du changement et promotrices du bénévolat. Dix huit stands étaient là pour aider et conseiller les associations (formations, outils, financements, etc.,) et  proposer aux parisiens de mettre leurs compétences au service de celles-ci.

Parmi les différentes manifestations, deux tables rondes étaient organisées, l'une sur les spécificités de l'engagement étudiant, l'autre sur l'accompagnement des associations pour les aider à se développer. Un prochain article du blog relatera les interventions sur l'engagement étudiant.


Les "battles"
Mais l'originalité de cette soirée consistait en l'organisation de "battles", c'est à dire, pour reprendre une expression entendue, de " débats entre citoyens à côté des grandes conférences".
Le "jeu" consistait, sous la conduite d'un animateur qui lançait une question, à départager les participants (responsables d'associations et volontaires parmi le public) en deux groupes, les "oui" et les "non" en réponse à la question posée. Les participants se positionnaient à droite et à gauche de l'animateur. Des idées et des suggestions étaient alors échangées entre les deux groupes, chacun apportant ses arguments.

Trois thèmes prévus :
- S'engager : quel impact pour soi et pour les autres
- La diversité de l'engagement
- Le numérique : quelle plus-value pour les associations (finalement déprogrammé)



Les deux "battles" sur l'engagement ont retenu notre attention car, en dehors de l'aspect ludique de l'exercice qui s'est déroulé dans un climat de convivialité et de grande tolérance, des questions de fond ont été soulevées, qui méritent l'attention et la réflexion des associations et des bénévoles. En voici succinctement quelques-unes qui ont fait débat : 

L'impact de l'engagement pour soi et pour les autres :  
- Est-ce que s'engager, c'est mettre de côté sa vie privée ? Si l'engagement apporte un mieux-être, quelles sont ses limites, sachant qu'il est difficile de dire non ? N'appartient-il pas aux associations de fixer un cadre permettant aux bénévoles de sauvegarder leur vie privée ? mais l'engagement ne fait-il pas partie de sa vie personnelle ? 
- Est-ce se donner bonne conscience ? Qu'est ce que la bonne conscience ? Est-ce forcément péjoratif ? Donner un sens à sa vie ? Lorsque l'on s'engage, n'est-ce pas aussi pour une société future ? n'est-ce pas également, parfois, pour "rendre à la société" ce que l'on a reçu ?
- L'engagement devrait-il être obligatoire pour tous ? Ne doit-il pas demeurer un don, un choix libre et gratuit ? Beaucoup de personnes sont loin de l'engagement, et une obligation pourrait-elle être l'occasion de donner envie à ceux qui n'y pensaient pas (chômeurs) ? Devrait-on le rendre obligatoire à l'école ? En Angleterre, dans les écoles, les élèves doivent s'engager pour une cause, c'est une orientation pour leur vie d'adulte.

La diversité de l'engagement (s'engager avec toutes nos différences): 
- Une question lancée, : les associations sont-elles des "repaires de gauchistes" ? certes non pour l'immense majorité des participants (associations sportives, religieuses..) mais les bénévoles portent souvent une alternative sociétale, idéaliste. Y a t-il forcément une dimension politique, sociale...utopique ? Peut-on travailler, au sein des associations, avec toutes nos différences ? La force d'une association n'est-elle pas sa diversité politique ?
-Plusieurs générations au sein des associations : Doit-on "vivre séparés pour vivre heureux" ? Les jeunes ne sont-ils pas plus aptes, par exemple, à traiter les problématiques concernant les jeunes? Mais, de manière générale, ne doivent-ils pas prendre des responsabilités et gagner en autonomie ? Quelle est la limite jeunes/vieux ? La coexistence n'est-elle pas source d'enrichissement ?
- Pour réussir dans une association, faut-il être un homme, blanc, hétérosexuel? Doit-on imposer une parité comme dans les conseils citoyens ? Peut-on envisager des réunions non mixtes pour gagner en confiance ? Limiter le renouvellement des mandats, instaurer des quotas, prévoir des élections sans candidats ? 

Une source de réflexion
Ainsi, sous une apparence ludique, nombreuses sont les questions qui ont émergé et qui méritent réflexion au sein du monde associatif, et parmi elles :
- l'intergénérationnel dans les associations
- la place des femmes, des minorités, et leur accession à des postes de responsabilités au sein des associations
- l'engagement obligatoire ou non 
- Le bénévolat et vie privée.

......tout un programme !

                                                                      Louise Forestier

12 décembre 2017

Se faire du bien en le donnant


Les "Paradise Papers" l'ont une fois de plus rappelé,  s'il en était besoin : les grandes fortunes sont diablement intéressées par la thésaurisation, sans doute nettement moins par le don. Mais, peut-être les personnes concernées ne connaissent-elles pas les travaux d'Elizabeth Dunn, de l'université de Colombie Britannique. Docteure en psychologie sociale, cette "chercheure sur le bonheur" (Happiness Resarcher) comme elle se présente sur Twitter, s'est employée à démontrer que dépenser son argent rend plus heureux quand on le débourse pour les autres que pour soi-même. Elle fonde cette assertion sur les nombreuses recherches scientifiques qu'elle a analysées avec son confrère Michael Norton, professeur de marketing à la Harvard Business School. Les deux spécialistes des sciences du comportement rendent compte de leurs observations dans Happy Money. The Science of Smarter Spending (Simon & Schuster 2013, non traduit).

Sylvie Chokron, directrice de recherches au CNRS et neuropsychologue, reprend les principaux enseignements de cet ouvrage dans une contribution au Monde du 15 novembre (supplément "Science et médecine"), judicieusement intitulée : "L'argent fait le bonheur... quand on le partage"  :

De fait, les études montrent que surcroît de richesse ne signifie pas nécessairement surcroît de bonheur. Pour augmenter son bien-être, rien n'est plus rentable que d'investir son argent dans les autres. Ainsi, une prime de 5000 dollars (4300 euros) rend des employés d'autant plus heureux qu'ils la consacrent à des activités à caractère social plutôt qu'à eux-mêmes. De la même manière, une étude menée sur plus de 600 foyers américains révèle que ceux qui dépensent le plus d'argent pour des causes à vocation sociale sont ceux qui éprouvent le sentiment de satisfaction quotidienne le plus intense, renchérit Thibaud Eigle, fondateur de l'Ecole des finances personnelles, qui s'est lui aussi passionné pour le travail de Dunn et Norton.

Ces constats ne sont pas propres aux seuls Etats-Unis. Une étude Gallup menée entre 2006 et 2008 dans 136 pays plus ou moins riches, en milieu rural ou urbain, est parvenue aux mêmes résultats. Dans 120 pays sur 136, les gens qui se montraient les plus généreux en matière de dons étaient aussi ceux qui se déclaraient le plus heureux - le plaisir suscité par le don s'avérant indépendant de la culture ou du niveau de ressources des donateurs . Et le sentiment de bonheur est d'autant plus fort que le sujet destine son don à une action à laquelle il croit. Autant d'informations à avoir en mémoire à l'heure où le baromètre de la générosité, publié le 4 décembre par l'association Recherches § Solidarités, établit qu'en France, le nombre de personnes ayant déclaré un don sur leur impôt sur le revenu en 2016 a reculé de 4,2% par rapport à l'année précédente : 5,28 millions de foyers fiscaux ont déclaré au moins un don aux associations contre 5,51 millions en 2015.

Pour en savoir plus
                                                                           Caroline  Helfter

04 décembre 2017

Pêle-mêle, des infos sur le monde associatif et le bénévolat


Des mesures et des initiatives pour encourager le bénévolat chez les jeunes   
- L’IAE Lyon (elle n’est pas la seule)  rend obligatoire, pour les étudiants de première année, le don d’un minimum de 20 heures de bénévolat. Ce bénévolat compte dans les notes de passage en seconde année. « Nous voulions vraiment que tous les étudiants soient confrontés au monde associatif, leur montrer qu’il n’y a pas que les entreprises. Notre but est de former des managers responsables et cette démarche les aide à prendre conscience d’un certain nombre de choses » (Catherine Mercier-Suissa, responsable pédagogique)

- Un décret du 10 mai 2017, issu de la loi Egalité et Citoyenneté, et applicable
dès la rentrée 2017, entérine la reconnaissance de l’engagement des étudiants dans la vie associative, sociale ou professionnelle. Les établissements d’enseignement supérieur doivent mettre en œuvre un dispositif garantissant la validation des compétences, connaissances et aptitudes acquises par leurs étudiants dans l’exercice d’activités associatives, sociales ou professionnelles. La reconnaissance peut prendre plusieurs formes : attribution d’éléments constitutifs d’une unité d’enseignement,  crédits européens « ECTS », dispense totale ou partielle de certains enseignement ou stages…
De même seront possibles des aménagements dans l’organisation et le déroulement des études et des examens (emploi du temps)
De très nombreuses universités sont sur le pied de guerre afin d’organiser au mieux cette reconnaissance. Des problèmes se posent, tout particulièrement celui de savoir quelles sont les activités associatives qui peuvent être concernées..

- Pour susciter le  bénévolat des jeunes et s'attaquer à un problème récurrent, celui du logement des étudiants, signalons une initiative  lancée par la Ville de Paris qui a transformé plusieurs appartements familiaux en colocations étudiantes dans des résidences sociales, dans les 12è, 14è, 17è, 18è, 19è et 20é arrondissements, pour un prix modique (par exemple, un T3 de 42m2 dans le 20è est loué 275€ hors APL). Une centaines d’étudiants ont bénéficié de ce dispositif à la rentrée 2017. 


En contrepartie de cet avantage, les étudiants s’engagent à effectuer 4 ou 5 heures de bénévolat par semaine (cours de langue française, soutien scolaire..)
La Ville de Paris n’est pas la seule pour ce type d’initiative. Plusieurs villes de France y ont eu recours, notamment Nantes avec le concept de « voisins solidaires » qui promeut le logement de jeunes dans une résidence pour personnes âgées, moyennant un loyer symbolique en échange d’un peu de temps consacré aux personnes âgées.

Du côté des associations
- Une proposition de loi a été déposée le 17 octobre dernier, visant à atténuer les condamnations de dirigeants bénévoles d’associations à but non lucratif, au titre de l’action en responsabilité pour insuffisance d’actif. Cette proposition considère en effet que le responsable associatif qui commet des erreurs de gestion, même de bonne foi, ne dispose d’aucune des protections dont peut disposer un dirigeant d’entreprise pour limiter sa responsabilité personnelle (patrimoine d’affectation, statut juridique de la société…)
Cette proposition demande donc au tribunal de tenir compte de la qualité de bénévole et des moyens qu’avait l’association pour se prémunir des risques financiers. Affaire à suivre….


- Un tollé chez les associations après l’annonce de la suppression d’un très grand nombre de contrats aidés en 2017 (passant de 459.000 à 310.000 ), la suppression devant se poursuive en 2018. Les collectivités locales sont concernées, mais aussi un grand nombre d’associations. Ces contrats aidés constituent en effet un tremplin d’intégration et permettent d’assurer ou de renforcer certaines missions d’intérêt général. En conséquence, des associations s’interrogent sur leur capacité à continuer, dans les prochains mois, leurs actions de proximité, les perdants étant les salariés qui bénéficient de ces contrats et les bénéficiaires des actions menées grâce à ce dispositif. Le mouvement associatif a dénoncé une décision prise sans concertation ni préparation et souhaite « que l’année 2018 soit une année de transition et non une année de rupture »
La presse s’en étant largement fait l'écho, et notamment tout récemment à l'occasion de la discussion au parlement de la loi de finances 2018,  nous n’y revenons pas. 


A savoir :
- Tout bénévolat n’est pas autorisé : un arrêt de la cour de cassation a interdit formellement à un chômeur d’intervenir bénévolement, même de manière accessoire, pour son ancien employeur, et justifie la décision de Pôle Emploi de réclamer les indemnités versées.

- Une mine de renseignements à découvrir dans la version 2017 de l’étude sur la France bénévole publiée par Recherches et solidarité (à télécharger sur le site de l’association)



- Enfin, pour terminer, un type de bénévolat non répertorié : sachez que depuis le vendredi 3 novembre à 11h44, les femmes travaillent bénévolement jusqu’à la fin de l’année.  C’est en effet la constatation faite encore cette année par la newsletter féministe « Les Glorieuses », pour souligner l’écart moyen de salaire  qui est encore de 15,8% entre les hommes et les femmes. Un bénévolat, là où on ne l'attend pas !


Lu pour vous
Une étude originale, s’appuyant sur l’observation d’une association humanitaire française, pose la problématique de la contradiction entre les valeurs associatives que se sont appropriées les bénévoles et la professionnalisation des associations qui se dotent d’outils de plus en plus sophistiqués venus du « monde marchand » dans un souci d’efficience et de  performance. On risque alors d’assister à un amenuisement de l’engagement et de la motivation des bénévoles. 
Des pistes managériales sont proposées, en prenant en compte une typologie des bénévoles établie en fonction de leurs valeurs et de la perception qu’ils ont des outils de gestion.

Cette étude
a été menée par deux universitaires de l'université de Rouen
https://www.agrh.fr/assets/actes/2014-Cousineau-Damart.pdf

16 novembre 2017

Les réseaux sociaux pour développer le bénévolat

Les réseaux sociaux, un fait de société incontournable

A côté de Facebook qui permet une relation entre amis, virtuels ou non, pouvant se   multiplier à l'infini à travers le monde, il existe un autre réseau social incontournable, à visée exclusivement professionnelle, LinkedIn, dont l'objectif n'est pas de "se faire des  amis", mais d'entrer en contact afin de créer un réseau de relations professionnelles. 

LinkedIn, le premier réseau social de relations professionnelles
LinkedIn est communément désigné comme un "Facebook professionnel" (ou encore "Facebook en complet cravate" suivant une expression trouvée sur  un blog !). 
Les chiffres : près de 500 millions de membres à travers le monde, presque 200 secteurs d'activités représentés dans plus de 200 pays, 14 millions d'utilisateurs en France.
Son fonctionnement est un peu similaire à Facebook. On peut y créer un profil détaillé axé sur son activité professionnelle et ses compétences (particulier) ou  une page (entreprise).
Le réseau est utilisé pour tout ce qui concerne la vie professionnelle : trouver du travail, contacter des employeurs, développer son entreprise, construire, développer et enrichir son capital social. Il vise à créer une relation de confiance entre des professionnels, des étudiants, des demandeurs d'emploi afin que chacun puisse disposer de ressources en ligne pour développer des idées, trouver des opportunités d'emploi, bénéficier de communautés d'experts qui existent sur le réseau, faire du "crowdfunding"...
Des cercles de réflexion et d'échanges professionnels se regroupent par centres d'intérêts pour partager expertises et retours d'expériences.
Le réseau est largement utilisé par les cabinets RH et les employeurs en recherche de profils d'exception.



Linkedin, Tous Bénévoles, un partenariat pour développer le bénévolat en France.

Compte tenu de l'engouement suscité pour le réseau LinkedIn, celui-ci n'est-il pas un formidable support pour susciter des vocations bénévoles auprès des abonnés au réseau en leur proposant des missions auprès d'associations ?
C'est la stratégie  menée par LinkedIn qui souhaite élargir son champ d'action en faveur du bénévolat. C'est aussi la tradition de la société américaine dans laquelle l'engagement bénévole est une valeur partagée, les employeurs étant davantage sensibles aux CV de candidats faisant état d'un tel engagement.

Après d'autres pays comme le Royaume Uni où LinkedIn s'est associé à Reach Volunteering, c'est maintenant en France que LinkedIn souhaite promouvoir le bénévolat en s'associant avec Tous Bénévoles qui met en relation des personnes désireuses de se lancer dans le bénévolat, avec des associations adhérentes qui proposent des missions sur le site de l'association  . 

Pour les 800.000 membres français de LinkedIn qui ont exprimé une appétence pour le bénévolat, et grâce à ce partenariat, le bénévolat vient à eux !
Ils ont ainsi accès à des offres sérieuses, validées et correspondant à leurs compétences.

Pour les associations membres de Tous Bénévoles, ce partenariat est une opportunité qui leur ouvre de nouvelles possibilités de recrutement de bénévoles, puisqu'ils ont ainsi accès à un vivier de bénévoles potentiels qualifiés.

C'est donc un outil de premier ordre, en ce qu'il s'adresse à un réseau d'actifs pour la plupart, non ciblés jusque là en tant que tels. C'est une première à cette échelle, en France.

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Voir le communiqué de presse sur le partenariat Tous Bénévoles / LinkedIn

https://www.tousbenevoles.org/images/page/communique_presse/communique_de_presse_Tous_benevoles_LinkedIn.pdf

06 novembre 2017

Le rapport sur les inégalités en France....un triste constat !

L'observatoire des inégalités, organisme indépendant d'information et d'analyse sur les inégalités, se propose de répondre aux lacunes de l'information statistique en procédant, à côté du constat, à des analyses et des préconisations, complétant ainsi le froid constat statistique, afin de "ne pas faire dire aux chiffres ce que l'on veut".

Il a publié au début de l'été le rapport 2017 sur les inégalités en France, le premier ayant été publié en 2015. Les données statistiques sont ici largement  commentées.
Il  est sans complaisance lorsqu'il met en évidence les insuffisances des politiques sociales, et aussi, à l'occasion d'un commentaire, lorsqu'il pointe le  paradoxe de l'un de nos principes républicains, l'égalité,  inscrite au frontispice des bâtiments publics !

Le rapport est disponible (pour un prix modique) sur le site de l'observatoire des inégalités 

Tous les domaines sont abordés : Revenus et patrimoine, Education, Travail, Modes de vie, Territoires.
A de très rares exceptions près, les écarts se creusent, les inégalités demeurent, voire s'accentuent.

Une rapide synthèse des constats les plus marquants (source Le Monde/les décodeurs)

Les revenus
Plus d'un quart des revenus se concentre entre les mains de 10% de la population, malgré le système de redistribution. Le décalage s'amplifie dans le temps (les augmentations de revenus concernent avant tout les 10% de plus riches) et entre les générations.
La moitié de la population se partage 8% du patrimoine, alors que 1% des français les  plus riches en représentent 17%.

Plus d'un millions de pauvres supplémentaires en dix ans !
Les jeunes sont les premières victimes : 900.000 enfants de moins de dix ans (11%), un adolescent sur 8 (12%), suivis par les jeunes adultes (11%) (20-29 ans)

L'éducation
Un grave problème de société demeure et s'accentue, celui de l'inégalité face à l'institution scolaire. Le constat est alarmant : plus de 20% d'enfants de parents sans emploi et 10% d'enfants d'ouvriers, ont redoublé avant l'entrée en 6è , contre seulement 3% des enfants de cadres. Dans les classes adaptées aux élèves en difficulté, 90% d'entre eux ont des parents ouvriers, employés ou inactifs. En fin de parcours scolaire, on note un gros écart de niveau de diplôme obtenu : les enfants de cadres supérieurs ou d'enseignants ont dix fois plus de chances d'obtenir un diplôme de niveau Bac+5 que les enfants d'ouvriers. 

Les chiffres sont encore plus préoccupants, concernant l’accès aux filières les plus prestigieuses : en 2015, plus des deux tiers (68,8 %) des élèves de l’Ecole nationale d’administration (ENA) avaient des parents cadres, contre seulement 4,4 % de parents ouvriers . Ils étaient également 63,7 % d’enfants de cadre à Polytechnique et 46 % dans les écoles d’ingénieurs.
L'ascenseur social semble bien en panne ! 

Toutefois, légère satisfaction, le taux d'élèves qui sortent précocement du système scolaire en France (9,7%), est inférieur à la moyenne européenne (13,1%)

Emploi, travail

Concernant l'emploi 
Le chômage touche 2,9 millions de personnes, dont 20% parmi les employés non qualifiés, contre 4% parmi les cadres supérieurs.

Mais, selon le rapport, les 2,9 millions de chômeurs ne sont que la partie émergée de l’iceberg, car il estime que 1,4 millions d’inactifs non recensés par Pôle Emploi souhaiteraient travailler, sans y parvenir (seniors, femmes au foyer…). Par ailleurs, 3,4 millions de travailleurs occupent un emploi précaire ou mal rémunéré (CDD, intérim, stages). Au total, 7,7 millions de personnes seraient en situation de « mal-emploi ».

Les conditions de travail 

Les contraintes liées au rythme de travail  (normes de production, poids  hiérarchique..): 26,4% des cadres les subissent,  54% des ouvriers qualifiés (enquête du ministère du Travail)
Les contraintes physiques touchent 7,9% des cadres, 25% des professions intermédiaires et 63,2% des ouvriers qualifiés.

En 2012, 62,6% des victimes d'accidents de travail étaient des ouvriers.

Les étrangers
5,4 millions d'emplois sont interdits aux étrangers, soit parce qu'ils requièrent la nationalité française (4,4 millions de postes), soit parce qu'ils sont soumis à la possession d'un diplôme français ou d'une autorisation spéciale.
Plus d'un emploi sur cinq serait ainsi interdit aux non européens.
Par ailleurs, une expérience de testing a montré que les employeurs, à profil équivalent, préfèrent embaucher des français.
En résumé, en 2014, 17,2% d' étrangers étaient au chômage, contre 9,1% de français, avec une très importante différence entre les étrangers non européens et les ressortissants de l'Union européenne.

Enfin, autre fait de société, l'inégalité salariale hommes/femmes, demeure, sachant qu'elle est plus forte chez les cadres (20%) que chez les ouvriers (8,9%) (les derniers chiffres parus font état d'une aggravation de l'écart qui atteint 15,8 % en moyenne)
                                          
Pour conclure,
Le rapport sur les inégalités en France, dont nous n'avons présenté qu'un très rapide et succinct aperçu, est un document  indispensable aux associations et aux bénévoles engagés, soucieux de connaître la réalité factuelle et explicite du combat qu'ils mènent en direction des plus démunis. 
Il pose la vraie question à laquelle notre société doit plus que jamais répondre, celle de l'égalité en tant que principe républicain, en commençant prioritairement par la recherche et la mise en place de mesures à grande échelle favorisant l'égalité des chances pour les générations montantes. 

.....et en attendant, les associations et les bénévoles tentent de colmater les brèches afin de donner un sens à un autre principe républicain : la fraternité


22 juin 2017

Les vacances approchent....du tourisme solidaire ?

Les abus d'un certain type de tourisme
Il y a deux ans, nous avions tiré la sonnette d'alarme sur le "business" et les dérives que constituent certaines offres  sans scrupules de tourisme humanitaire, le "volontourisme" comme disent les anglo-saxons.

Il s'agit là d'un phénomène de mode, environ 1,5 millions de volontouristes ayant été répertoriés dans le monde en 2015 

Il y a quelques semaines, le sujet est réapparu dans l'émission "Envoyé spécial" qui a rediffusé un reportage édifiant sur "le business de la charité": des touristes qui partent au bout du monde, en Inde, au Cambodge, au Népal, clients de  tour-opérateurs qui proposent des "circuits humanitaires" clés en main.

Au Cambodge, un tour opérateur, outre un voyage touristique dans le pays, inclut dans son "forfait", le financement, dans un village, de pompes à eau par les touristes dont les noms figurent sur les installations et qui reviennent dans leur pays, photos à l'appui, avec le sentiment d'avoir œuvré pour améliorer le sort des populations cambodgiennes. Mais quelques temps plus tard, un retour des journalistes sur les lieux montre des pompes à eau inutilisables, cassées, non réparées, sous le regard fataliste et désabusé des habitants...

Une autre agence installée à Angkor, fait venir des volontaires pour donner des cours d'anglais à des enfants (sans vérifier le profil ou les compétences des volontaires). Les volontaires changent tous les quatre jours !! 600 agences de volontourisme sont ainsi dénombrées dans la région de Siem Reap (Angkor)

A Kathmandou, (on apprend que le nombre d'orphelinats dépasse le nombre d'orphelinats sur le continent européen), de nombreuses ONG se sont installées depuis le tremblement de terre...des aubaines pour des agences de tourisme et des associations peu scrupuleuses, notamment l'une d'entre elles qui recueille des orphelins  afin d'attirer la compassion de voyageurs/donateurs...qui ignorent qu'il s'agit souvent de faux orphelins arrachés à leur famille avec la complicité des autorités corrompues qui modifient les états civils ("blanchiment d'enfants", "orphelins de papier" estimés à 85% des enfants recueillis).

Les voyageurs, malheureusement, ne se posent pas la question de l'utilisation de l'argent qu'ils ont versé - généralement autour de 2000 euros pour deux semaines, hors coût de l'avion et du visa - le reportage montrant que les marges bénéficiaires de ces tours opérateurs peu scrupuleux sont dix fois plus élevées que dans le tourisme ordinaire.
Ce qui intéresse les voyageurs, c'est de savoir ce qu'ils ont fait, sans s'occuper de la suite, de l'utilité, du suivi, de savoir si ça marche (pour les pompes à eau..)
Il s'agit de solutions à court terme, sans apport véritable pour le développement. Le volontariat est devenu un objet de consommation comme un autre.
(voir l'article cité plus haut).

Isabelle, une volontouriste heureuse....

Ne voulant pas rester sur l'impression et le jugement induits par les reportages qui ont tendance à fustiger ce type de tourisme,  j'ai voulu entendre le récit d'une jeune "volontouriste" rentrée récemment du Bénin. Son approche et ses motivations n'ont pas la prétention de sauver le monde ou d'aider au développement d'un pays africain. Elle parle tout simplement de solidarité et d'entr'aide.
Isabelle a 30 ans, elle travaille dans  une agence de voyages en ligne qui propose des voyages à la carte. Elle connaît donc parfaitement le secteur du tourisme et le monde des agences de voyages.

A la fin de ses études d'infirmière, elle a décidé d'opérer une reconversion et se diriger vers un secteur qui l'avait toujours attirée et correspondait davantage à ses aspirations, celui du tourisme. Avant d'entamer cette nouvelle tranche de vie, et pour "faire un break", elle a souhaité partir en mission humanitaire, son autre domaine de prédilection. Mais les ONG contactées ne proposant que des missions de six mois au minimum, elle a  dû renoncer à ce projet et a donc entamé son nouveau cursus universitaire à l'issue duquel elle a débuté sa carrière professionnelle.

Mais elle n'a pas pour autant mis  de côté l'empathie qu'elle ressent  et l'intérêt qu'elle porte aux enfants démunis des pays du sud.

C'est ainsi qu'elle a décidé de faire l'expérience de "voyager autrement", et expérimenter le "tourisme solidaire et équitable",  leit motiv de l'association Double Sens à laquelle elle s'est adressée en toute confiance. Cette agence, créée il y a quelques années par deux amis, se revendique comme une entreprise de l'économie sociale et solidaire et propose un tourisme en Afrique, Asie, Amérique du Sud.

Elle rentre d'un séjour d'un mois au Bénin où elle a effectué une mission de trois semaines à plein temps dans une pouponnière d'Abomey (une ville de 80.000 habitants au centre du Bénin), suivie d'une semaine de découverte du pays. Il s'agit d'une pouponnière gérée et financée en grande partie par une association italienne et qui fonctionne avec des religieuses béninoises . Elle recueille des petits enfants jusqu'à quatre ans, orphelins de mère et ne pouvant pas (temporairement) être pris en charge par leur famille.

La mission d'Isabelle (et de trois autres voyageuses) consistait à "faire des

câlins", jouer, éveiller, dessiner, lire des histoires, promener les enfants., leur parler...tout ce qui est essentiel aux jeunes enfants privés de lien maternel et nécessaire  à leur développement psycho-moteur et affectif, en dehors des soins proprement dits (change, nourriture..).

La pérennité de la mission est assurée par le relais des voyageurs qui se succèdent, à laquelle veille un coordonnateur local rémunéré par l'Agence. C'est ce coordonnateur qui assure le suivi et l'organisation des missions sur place, dont, en dehors de la pouponnière, alphabétisation (après vérification des compétences des voyageurs et avec encadrement) et initiation à l'informatique auprès de jeunes en attente de prothèses dans un centre de rééducation, participation aux récoltes locales....autant d'activités qui relèvent de l'entr'aide et de la solidarité, sans connotation d'assistanat ou de "néo-colonialisme", ce qu'elle n'a pas du tout ressenti dans ses relations avec les nombreuses personnes rencontrées et avec lesquelles elle a partagé le quotidien.

A propos de cette mission, Isabelle parle de solidarité et non d'humanitaire (ce qui est d'ailleurs précisé sur le site de Double Sens) et elle m'a convaincue. Ne pouvant, comme beaucoup, arrêter son travail et partir plusieurs mois en mission humanitaire, elle estime que le concept de "volontourisme" peut être un bon compromis.

Elle a vu son voyage comme une occasion de découvrir l'Afrique, s'ouvrir l'esprit, partager la vie locale, échanger, rencontrer pour dialoguer.  Intervenir dans une pouponnière a été l'occasion de "donner un coup de main", aider, sans pour autant avoir l'impression d'apporter, de transplanter un savoir faire venu de l'occident ou de participer au développement d'un pays.

Jamais elle n'aurait eu l'idée de partir installer des pompes à eau.....

"J'étais là avant tout comme une voyageuse, l'aspect humanitaire n'était pas primordial", dit-elle..."c'est une expérience, pas un but en soi". .... et l'objectif du voyage "est largement récompensé et comblé par le sourire des enfants"

Elle ne sait pas si elle renouvellera cette expérience, mais elle perpétue quelque peu l'action menée sur le terrain, dans la mesure où elle a décidé de "lever des fonds" pour approvisionner la pouponnière en couches....sans ce voyage, l'idée ne lui serait pas venue !

Elle souligne aussi que, comme tout voyage touristique, les "retombées" pour le commerce local sont loin d'être négligeables.


J'ajouterai une remarque personnelle : n'est ce pas, finalement, également, un moyen de faire savoir, témoigner, tenter de faire comprendre pourquoi, en voyant des populations démunies, des êtres humains sont poussés à chercher ailleurs une vie meilleure ?

Quant à la qualité de l'agence, Isabelle, qui connaît bien le secteur touristique et les abus dans ce domaine, confirme qu'il s'agit d'une agence de voyages comme une autre, bien organisée, très contrôlée sur place.

Nous n'avons pas beaucoup abordé la question du prix (2500 euros pour un mois) qu'elle considère non exhorbitant, compte tenu de la durée du voyage et de la qualité des prestations (logement, repas, visites du pays, différents salaires payés sur place....)

Nous ne ferons pas de commentaire sur ce point, nous voulions simplement recueillir le témoignage d'un(e) "volontouriste".

Un conseil pour terminer : se méfier, prendre toutes précautions avant de choisir une agence, ne pas avoir la prétention de participer au développement (les ONG sont là, c'est leur métier),.....et laisser de côté ses préjugés, ne pas partir avec une "casquette" d'occidental(e)