18 avril 2018

Partager son expérience

Conjuguer son désir d'engagement avec ses connaissances et savoir-faire pour contribuer au développement d'actions de solidarité, tel est, en substance, le principe du bénévolat de compétences. Une forme de volontariat encore mal connue : moins d'un Français sur deux (42 %) en a déjà entendu parler. Ce constat établi par l'association Passerelles et Compétences, pionnière en la matière, est tiré d'une étude sur l'impact du bénévolat de compétences que celle-ci a menée auprès de 272 bénévoles ayant été effectué, en 2016, 917 missions dans 272 associations. Les enquêtés ont répondu à un premier questionnaire à l'issue de chaque mission, puis à un second 6 à 12 mois plus tard pour appréhender le retentissement de leur implication à moyen terme.

Une majorité de femmes

Qui met son temps et ses talents au service de projets d'intérêt général ?  Il s'agit majoritairement de femmes (53 %) – alors qu'au niveau national, l'effectif des bénévoles considérés dans leur ensemble est à 51 % masculin. Femmes et hommes confondus, 30 % des personnes qui se sont engagées n'avaient jamais encore fait de bénévolat. Les bénévoles passés par Passerelles et Compétences se situent aussi plus fréquemment que la globalité des bénévoles français dans la tranche d'âge des 35-64 ans : c'est le cas de deux tiers d'entre eux (contre 46 % au plan national).

Sans surprise compte tenu de leur âge, ces volontaires sont 7 sur 10 à faire partie de la catégorie des "actifs" (salariés, chefs d'entreprise, professionnels à leur compte ou en recherche d'emploi), ce qui explique la crainte qu'avaient, a priori, la majorité d'entre eux de manquer de disponibilité pour honorer leur engagement. Non seulement, cette crainte ne se vérifiera pas, mais les bénévoles interrogés sur la satisfaction globale tirée de l'exercice de leur mission lui donnent une note moyenne de 8 sur 10.

Etre utile

"J'ai le sentiment d'avoir dénoué une situation difficile et permis à l'association d'augmenter ses ressources financières", témoigne Véronique, qui a réalisé l'audit d'un outil de gestion des contacts pour une petite structure parisienne. De son côté, Edmond, spécialiste en ressources humaines, a animé des groupes de travail avec des jeunes en insertion professionnelle. "J'ai pu voir que certains de mes conseils étaient immédiatement pris en compte et j'ai l'impression d'avoir vraiment été utile", se réjouit-il. De fait, comme pour toutes les formes de bénévolat, l'envie d'être utile est une puissante motivation des personnes qui s'engagent dans le bénévolat de compétences. Les intéressées apprécient aussi de pouvoir entrer en relation avec des personnes qu'elles n'auraient pas eu, sinon, l'occasion de côtoyer. D'où l'enrichissement personnel constitué par ces rencontres, et l'enrichissement, aussi, en termes professionnels que produit la mise en œuvre de son expertise dans un nouveau contexte. "C'est un mode de fonctionnement très différent de celui d'une entreprise, souligne Thierry, qui a plusieurs mois offert ses compétences dans le domaine de l'e-commerce à un organisme humanitaire. Discuter avec d'autres milieux sociaux m'a permis d'apprendre de nouvelles choses même au niveau du savoir-faire", déclare-t-il.

Au terme de leur engagement, plus d'un tiers des bénévoles (36 %) sont restés actifs auprès de l'association pour laquelle ils étaient intervenus et la quasi-totalité d'entre eux (93 %) se sont dits prêts à s'investir à nouveau dans une action de solidarité. Cette affirmation trouvera majoritairement une traduction concrète : plusieurs mois après leur mission, 60 % des enquêtés font du bénévolat dans des associations. Il s'agit 2 fois sur 3 de bénévolat de compétences.

Caroline Helfter


contact :   http://www.passerellesetcompetences.org/

29 mars 2018

Aide humanitaire : s'adapter à un environnement en mutation

Conflits longs et complexes, catastrophes naturelles de plus en plus régulières, inégalités croissantes : le nombre de personnes déplacées dans le monde est plus élevé que jamais et les besoins humanitaires ne cessent d'augmenter. Quelles stratégies les organisations non gouvernementales internationales (ONGI) doivent-elles adopter pour rester efficaces dans un contexte mondial en rapide évolution ? Cette question est au cœur d'un rapport sur l'avenir de l'aide humanitaire à l'horizon 2030, rédigé par un réseau international d'experts et d'acteurs associatifs :


Quatre scénarios sont dessinés dans ce rapport, soit autant de futurs possibles pour les interventions humanitaires au plan international. 

Le premier scénario, qualifié de "porte étroite", se caractérise par une montée des nationalismes qui confronte les ONGI à une politisation des crises, en particulier celles qui surviennent dans des Etats fragiles. Désireux de montrer à leurs populations et à la communauté mondiale qu'ils sont capables de gérer seuls des situations d'urgence, les gouvernements locaux délèguent de plus en plus les interventions humanitaires à leurs forces armées, ou bien à des associations nationales, locales ou confessionnelles qu'ils coordonnent. Résultat : les contrôles et les limitations de l'action des ONGI augmentent et leur prédominance se réduit, car elles entrent en concurrence avec les autres et principaux fournisseurs d'aide. 

Dans le scénario dit du "débordement", les acteurs humanitaires font face à une escalade spectaculaire des besoins du fait des crises écosystémiques qui s'intensifient sous l'effet du changement climatique et de la croissance démographique. Les Etats économiquement faibles s'avèrent incapables d'affronter ces défis, ce qui entraîne une augmentation significative des migrations. Mais les ONGI ont de plus en plus de mal à accéder aux communautés vulnérables, parce que l'espace humanitaire est soumis par les autorités nationales à des restrictions importantes, et que les donateurs institutionnels donnent plus aux ONG locales et/ou confessionnelles, voire aux intervenants militaires.

Le troisième avenir envisagé est marqué par une série de crises locales prolongées et une augmentation considérable des migrations involontaires. Dans ce scénario du "A chacun son domaine", de nouveaux réseaux d'intervenants (entreprises, fondations, mégalopoles, mouvements de citoyens) s'articulent autour de causes importantes comme la santé, l'eau, l'énergie ou la mobilité humaine. En raison des motivations variées de ces acteurs (par exemple pénétrer de nouveaux marchés ou accroître leur influence), certaines crises humanitaires peuvent être négligées, ce qui laisse présager un modèle d'assistance humanitaire à deux vitesses : des zones ou des situations économiquement, politiquement ou stratégiquement intéressantes, bénéficient de l'aide des nouveaux acteurs, alors que d'autres sont ignorées. Dans ces dernières, les ONGI traditionnelles et les ONG locales et confessionnelles restent prédominantes. Cependant, à mesure que le financement de l'action humanitaire se fragmente, la concurrence augmente considérablement, ce qui diminue les fonds disponibles pour les crises oubliées.

"(R)évolutions" est l'intitulé du dernier scénario esquissé. D'ici à 2030, les crises localisées demeurent des zones où se concentrent des besoins humanitaires, mais de nouveaux domaines critiques émergent à plus grande échelle, dus à l'intensification des crises écosystémiques. Comme dans le scénario précédent, les intervenants humanitaires informels, guidés par des intérêts personnels, prennent de l'importance. Mais, en incluant de nombreux acteurs locaux clés dans les zones touchées, leurs réponses sont plus stratégiques et plus durables. Pour les ONGI, le scénario "(R)évolutions" offre une opportunité de développer leur influence et leur expertise, estiment les rapporteurs. N'étant plus qu'un intervenant parmi beaucoup d'autres, les ONGI qui saisiront l'occasion de jouer un rôle moteur dans les changements, en renforçant les compétences des autres acteurs, comme les acteurs du secteur privé, les acteurs militaires et les ONG locales, demeureront un élément essentiel de l'ensemble du secteur humanitaire traditionnel comme informel.

Inutile de dire qu'il existe encore bien des incertitudes sur la façon dont l'environnement, les crises et les besoins humanitaires évolueront, concluent les auteurs. Mais une chose leur semble sûre : les intervenants traditionnels du secteur devront effectuer des transformations significatives dans leurs pratiques et mentalités pour ne pas être mis sur la touche. Il s'agit "d'explorer de nouvelles manières de travailler ensemble (y compris avec des acteurs qui ont été tenus à distance jusqu'à présent comme le secteur privé et les acteurs militaires)" et apprendre à agir préventivement pour améliorer, à long terme, la situation des communautés en difficulté.


Caroline Helfter

12 mars 2018

Le service civique, 8 ans après.

Le 6 mars,  sous l'égide de l'Agence du Service Civique, étaient organisées à Paris les premières rencontres du Service Civique, 8 ans après la création de celui-ci par la loi du 10 mars 2010, qui permet à des jeunes de 16 à 25 ans (30 ans pour les handicapés) d'effectuer une mission d'intérêt général de six à douze mois dans une association, une collectivité ou un établissement public, indemnisée 580 € net par mois. Ces rencontres étaient l'occasion de réunir tous les acteurs (volontaires, associations, Etablissements publics, services de l'Etat, et collectivités territoriales) mais aussi des entreprises partenaires, afin de faire le bilan de 8 années de fonctionnement (270.000 jeunes engagés), en tirer des conclusions et des perspectives d'avenir. "Un rendez-vous de la jeunesse, de la citoyenneté et de l'engagement".

Une soirée riche en informations et témoignages.

Le service civique, soutenu et valorisé par les pouvoirs publics

La présence de Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education Nationale (chargé également de la Jeunesse, l'éducation populaire et la vie associative) marquait l'intérêt et le soutien du gouvernement, rappelant la "voie de l'engagement" lancée par le président de la République à l'occasion des vœux.
"Un monde de plus en  plus technologique doit être aussi de plus en plus humain. Le service civique contribue à cette  humanité".

En effet, le service civique, en promouvant l'engagement, est aussi une école de la vie, vecteur d'émancipation et de liberté, d'autonomie et d'estime de soi, mais se situe aussi au service de l'intérêt général (il a cité notamment les missions au sein de l'Education Nationale, précisant que l'opération "devoirs faits" permettra le recrutement de 15.000 volontaires au total au sein de l'Education Nationale).



Il rappelle le succès rencontré par le service civique, passé de 10.000 volontaires en 2010 à 125.000 en 2017 et dont l'objectif pour 2018 est de passer à 150.000 jeunes (pour un budget de 448 millions d'euros) et d'en renforcer la présence, notamment dans les zones rurales, les EPHAD, l'Outremer.

Il met enfin l'accent sur l'acquisition de compétences nouvelles par les jeunes volontaires qui disposent ainsi de clés supplémentaires leur ouvrant les portes d'une vie professionnelle. Pour les entreprises partenaires, le service civique est une étape constitutive du parcours des jeunes.

Se projetant vers un avenir proche, le Ministre voit le service civique comme le "grand frère" du futur service national, une sorte de pionnier...

La parole aux jeunes volontaires

Des témoignages

Des jeunes, pour la plupart "de la première génération" sont venus témoigner de l'apport positif de leur expérience et de l'orientation que leur vie avait prise,  grâce au service civique, et parmi eux :
  • Kevin devait être pâtissier, le service civique a changé son orientation, il a repris des études pour travailler en direction de personnes en situation de handicap.
  • Aline a beaucoup appris en allant "sur le terrain". Le service civique a été déterminant. Elle travaille désormais dans une ONG.
  • David, étudiant en architecture, a découvert une autre voie au cours de son service civique et est devenu journaliste en côtoyant une radio associative. 
  • Maxime avait "décroché" scolairement. Grâce à Unis Cité de Marseille, il s'est remis dans une dynamique positive et s'est découvert des compétences qui lui ont permis d'enrichir son CV. Il est devenu éducateur;
  • Audrey raconte enfin que les missions qu'elle a accomplies lui ont permis par la suite de trouver facilement des stages et un emploi, les recruteurs ayant apprécié son "passage" en service civique et les compétences sociales acquises

... et de nombreuses questions

Et parmi elles :
  • Ne pourrait-on valoriser davantage le service civique en créant un "label service civique" pour des entreprises partenaires ?
  • Comment améliorer les conditions d'exécution de certaines missions au sein de l'Education Nationale (encadrement, missions  détournées de la définition initiale, manque d'écoute) ?
  • Pourquoi ne pas intervenir davantage dans les lycées pour parler de l'engagement ?
  • Comment valoriser les compétences acquises pour pouvoir accéder à des formations ?
  • Quel est le statut du service civique ? un salarié ? un étudiant ? alors pourquoi ne pas bénéficier de certains avantages (tel le pass Navigo)..."alors que nous sommes engagés pour la nation ?"


Les réponses du ministre
La présence d'entreprises partenaires prouve leur attachement à l'institution et la création, aujourd'hui, d'un "club de validation du service civique" répond à la préoccupation de "labellisation service civique".
A propos des compétences acquises au cours d'un service civique, il faut examiner la possibilité de le valoriser dans une VAE et le considérer comme une première étape vers autre chose (contrat d'apprentissage ?)
Concernant l'Education Nationale, le ministre a pu donner les précisions suivantes:10.000 volontaires vont être affectés à l'opération "devoirs faits" et on veillera à davantage de clarté et de cohérence dans les missions  et plus d'opportunités de tremplins vers l'emploi au sein de l'Education Nationale. Les tuteurs pourront être des enseignants et non plus des chefs d'établissements. Par ailleurs, davantage de moyens vont être mis à disposition en direction des lycéens (moyens publicitaires). La réforme du lycée laissera plus de place à l'engagement. On y parlera davantage du Service Civique. 
Sur la question du statut,tout en reconnaissant la pertinence des questions posées et la nécessité d'engager une réflexion, aucun engagement ne peut être pris à l'heure actuelle.

Huit ans d'existence... et après ?

Trois enjeux pour 2018

Yannick Blanc, Haut Commissaire à l'engagement civique, Président de l'Agence du Service Civique est venu ensuite développer les trois axes stratégiques pour 2018 après avoir annoncé le recrutement de 150.000 jeunes volontaires :
  • S'assurer de la qualité du service civique (correction des défauts et des dérives signalés, amélioration des outils de contrôle des "situations à risques" (c'est à dire des missions pouvant se substituer à un emploi), réflexion et définition de nouveaux programmes de missions)
  • Valoriser le service civique "composante de la réforme de la formation professionnelle", notamment auprès des recruteurs (club de valorisation du service civique, signature d'une "charte de valorisation du service civique") 
  • Participer à la création et au développement d'un "corps européen de solidarité" (sorte d'Erasmus), avec un objectif de 100.000 jeunes. Avec ses 125.000 jeunes engagés en 2017, la France est le premier pays d'Europe dans ce domaine et sera leader.
Il n'est pas question de remettre en cause le service civique tel qu'il existe depuis 8 ans, mais une articulation avec le service national en 2019, devra être trouvée. Des questions se posent néanmoins (cf article des Echos du 7 mars 2018) compte tenu du manque de précisions sur le service national à l'heure actuelle.

Une campagne promotionnelle "le pouvoir d'être utile"




Il s'agit d'une campagne de communication auprès du grand public, à partir du 7 mars,  destinée à valoriser l'engagement, montrant le bénéfice qu'il apporte à la société dans son ensemble et l'apprentissage qu'il permet aux jeunes d'acquérir. Il s'agit d'une campagne d'affichage dans des lieux publics et d'un film montrant de vrais volontaires en mission sur le terrain, dans leur travail quotidien, diffusé sur le web, les réseaux sociaux, la télévision (BFMTV), des salles de cinéma.

A visionner

Du côté des entreprises

L'Agence du Service Civique (intervention de Ludovic Abiven, directeur général) a souhaité, à l'occasion de ces rencontres, et avec des entreprises et institutions partenaires, créer un club de valorisation du service civique, autour d'une charte d'engagement pour la valorisation et la promotion du service civique dans les entreprises, dont la signature est initiée en séance avec les représentants de trois entreprises (Casino, Adecco, UP).

"le service civique doit être examiné au même titre qu'une autre compétence professionnelle" (représentante du groupe UP)
"les entreprises commencent à se poser la question de savoir comment une personne peut évoluer. Le volontariat est un plus" (représentant du groupe ADECCO)
Le représentant du groupe Casino, quant à lui, est "intéressé par les compétences acquises grâce au service civique, notamment la capacité à entrer en contact avec le public".

Et pour rappel : 87% des responsables ressources humaines ont une bonne idée du service civique, 75% d'entre eux le perçoivent comme un atout dans un parcours professionnel, 64% déclarent que la réalisation d'un service civique peut les inciter à recruter un jeune (enquête IFOP ci-après)

Le baromètre IFOP - rappel

La soirée s'est terminée par la présentation du baromètre IFOP 2017 pour le service civique à consulter et télécharger sur le site de l'IFOP

Cette étude confirme que :

  • le service civique bénéficie d'un haut niveau de notoriété. Plus de 90% des  personnes interrogées (jeunes, moins jeunes, RRH) déclarent en avoir entendu parler
  • 90% des jeunes en ont une bonne image, voire une très bonne image
  • Dans un nuage de mots apparaissent en priorité "engagement", "aide", "civisme" "solidarité" "expérience" "service" "mission"....(mais aussi, pour les moins de 25 ans, "rémunération", talon d'Achille du Service Civique !)
  • Pour les personnes interrogées, le service civique est tout d'abord un moyen pour les jeunes d'acquérir de l'expérience. Vient ensuite le moyen de s'engager socialement et d'être utile aux autres.
  • 67% des jeunes se déclarent intéressés par l'exercice d'un service civique
  • En tête des intérêts manifestés: la culture et les loisirs, le sport et l'environnement. On note une légère baisse  d'intérêt pour l'éducation, l'action humanitaire, la solidarité.
  • La valorisation  par les entreprises apparaît, pour près de 40% des jeunes comme une piste prioritaire de développement  du service civique. 80% d'entre eux, en effet, estiment que les entreprises ne le reconnaissent pas suffisamment.
  • 82% des personnes de 26 ans et plus, ayant entendu parler du Service Civique, le recommandent
  • globalement, l'image du Service Civique est bonne pour 87% des responsables ressources humaines qui en ont entendu parler.

Louise Forestier

24 février 2018

Mèdecins du Monde au chevet des mineurs étrangers non accompagnés

"Je dors dans un foyer sur un matelas récupéré dans une poubelle, je suis seul en France", indique Ibrahima, 17 ans (tous les prénoms ont été modifiés). "Je dors dans la rue, j'ai déjà été agressé par une personne, je ne me sens pas en sécurité de dormir dans la rue", déclare Bertrand, 16 ans. "J'ai été deux fois à l'hôtel et hébergé par une personne qui m'a proposé des relations sexuelles, rien n'a été facile pour moi ici", confie Mamadou, 17 ans. Des témoignages de cet ordre, émanant de mineurs étrangers sans famille ni adulte investi de leur responsabilité sur le territoire français, Médecins du monde (MDM) en a recueilli pléthore. De fait, après le parcours souvent difficile – c'est peu de le dire –accompli par ces jeunes migrants, l'arrivée en France ne signifie pas forcément la fin des souffrances.

Les mineurs non accompagnés (MNA) sont nombreux à venir dans les centres d'accueil et de soins de MDM. Il s'agit presque toujours de garçons, dont l'âge moyen avoisine les 16 ans et qui, dans près de 90 % des cas, vivent à la rue. Constatant leur état alarmant au plan médical, mais aussi administratif et social, l'association a mis en place des programmes spécifiques à leur intention. Le premier a démarré à Paris en 2015, les autres à Caen, Rouen et Nantes, l'année suivante. L'idée est de proposer un accompagnement psycho-médico-social adapté, d'une part aux primo-arrivants dont la situation n'a pas encore été étudiée par les services départementaux de l'Aide sociale à l'enfance, chargés de protéger les enfants en danger, quelles que soient leur nationalité et la régularité de leur entrée ou de leur séjour en France ; d'autre part, aux adolescents qui, après évaluation de leurs papiers et de leur récit – parfois aussi en dehors de toute analyse de leur cas, sur la seule foi de leur apparence physique  – se sont vu signifier un refus de protection (1). L'inconditionnalité de la prise en charge des jeunes qui se déclarent mineurs non accompagnés ne s'entend, en effet, que si leur minorité et leur isolement sont avérés. Ils sont alors inexpulsables jusqu'à leur majorité.

                                                       (photo Dragan Lekic)

Remettre du sens dans des parcours chaotiques

En 2017, 243 adolescents ont été accueillis à la permanence parisienne de MDM dédiée aux mineurs non accompagnés (2). Ils s'y sont présentés spontanément, avertis de son existence par le bouche-à-oreille, ou ont été orientés vers elle par différents acteurs (associations, collectifs citoyens, avocats, etc.). "Les jeunes que nous rencontrons, quasi exclusivement des garçons, sont surtout venus d'Afrique subsaharienne (Côte d'Ivoire, Mali, Guinée)", précise le Dr Daniel Bréhier, co-responsable de ce programme animé par une équipe de 30 professionnels (généralistes, pédiatres, psys, accueillants-accompagnants, assistante sociale, ...) – dont 27 bénévoles.

Les mineurs reçus à Paris par MDM n'ont pas été "mandatés" par leur famille pour partir en quête d'un avenir meilleur en Europe, explique le Dr Bréhier. Ils se sont mis en route à la suite de conflits familiaux, notamment survenus après la mort de leur père et/ou de leur mère. Lorsqu'il s'est agi du décès paternel, les jeunes ont été pris en charge par leur oncle qui ne les a pas traités comme ses propres enfants – ils ont dû arrêter l'école et travailler dans les champs ou sur les marchés. Quand c'est la mère qui a disparu, le père s'est remarié et ce sont les relations avec la belle-mère qui ont fait difficulté. Dans les deux cas, les adolescents ont commencé par fuguer, puis ils ont fini par partir, avec d'autres, sans savoir où ils iraient.

Entrecoupés d'arrêts ici ou là, pour travailler ou parce que les mineurs sont emprisonnés, "ces voyages durent des mois et des mois, voire des années", souligne le Dr Bréhier. Les jeunes y sont constamment confrontés à la violence, à la peur et à la mort. En France, c'est à la rue, aux institutions et à la mise en cause de leur parole qu'il leur faut faire face.  "Compte tenu de l'importance de la parole en Afrique, cette suspicion est particulièrement éprouvante pour eux", commente le psychiatre.

A leur arrivée à la permanence de Médecins du monde, les adolescents présentent souvent un état de santé général très dégradé : en 2017, 39 % d'entre eux ont dû être immédiatement accompagnés vers une prise en charge hospitalière. Ils sont encore plus nombreux à souffrir de troubles psychiques. Il ne s'agit pas de pathologies psychiatriques proprement dites, mais de réactions à ce qu'ils ont vécu (troubles du sommeil, de la mémoire, anxiété, syndrome de stress post-traumatique). "Les jeunes disent avoir la tête qui chauffe, ils sont fatigués de lutter contre les pensées qui les assaillent, ils ont également du mal à se repérer dans le temps, lieux et durées sont confondus", détaille le Dr Bréhier. Rien d'étonnant, du coup, à ce que leurs récits soient aussi chaotiques qu'ont pu l'être leurs périples. Or, lors de l'évaluation de leur situation, des détails extrêmement circonstanciés leur sont demandés et les incohérences de leurs déclarations conduisent à en questionner la véracité et, partant, celle de l'âge qu'ils allèguent.

Précisément, aider les mineurs à remettre un peu de continuité et de sens dans leur vie et dans leurs histoires est au fondement du soutien que Médecins du monde leur apporte. Cela passe par des entretiens individuels, ainsi que par des groupes de parole où les MNA se retrouvent à une dizaine. Des consultations sociales permettent, par ailleurs, de répondre à leurs besoins fondamentaux en les orientant vers des structures adaptées et de favoriser l'ouverture de leurs droits.

Un nécessaire temps de mise en confiance

"Les obstacles dressés à l'encontre de l'accès aux droits et aux soins des enfants non accompagnés et les négligences institutionnelles dont ils font l'objet constituent des facteurs qui renforcent la vulnérabilité" de ce public extrêmement fragilisé et surexposé aux dangers, pointe Médecins du monde. Le 8 février, plusieurs avocats ont d'ailleurs alerté les autorités sur la situation "très préoccupante" de 128 mineurs de 13 à 17 ans, nommément identifiés, "livrés à eux-mêmes dans les rues de Paris, sans abri, par des températures négatives". C'est ce type de constat qui conduit MDM à militer pour un nouveau modèle d'accueil et de prise en charge des primo-arrivants. Les demandes d'évolution portent tant sur un changement dans les pratiques et l'esprit de l'accueil des mineurs (fin des refus-guichet – refus de protection fondé sur le "faciès" du jeune, le jour même où il se présente pour une évaluation (3) –, mise à l'abri inconditionnelle, écoute bienveillante), que sur une refonte du dispositif lui-même. L'idée est de dissocier totalement l'accueil de l'évaluation, et de faire de l'accueil un moment privilégié de répit et de soins.  "Comme il existe un temps incompressible avant l'évaluation – en moyenne 2 semaines à Paris –, ce temps doit permettre de favoriser la mise en confiance des jeunes et leur accès immédiat à des soins physiques et psychiques dispensés dans un endroit neutre", déclare Sophie Laurant, co-responsable du programme parisien de MDM.

Ces améliorations, cependant, sont-elles de saison ? A l'heure où l'Etat entend retirer aux services départementaux d'Aide sociale à l'enfance la responsabilité de l'hébergement provisoire d'urgence et de l'évaluation des jeunes se disant mineurs non accompagnés, Médecins du monde en doute fort. Bien sûr, les départements ont besoin de se voir allouer plus de moyens financiers pour faire face au nombre d'arrivées grandissant d'adolescents étrangers (4). Mais, transférer à l'Etat, compétent en matière d'immigration, la prise en charge initiale de ces jeunes, en les écartant du dispositif de protection de l'enfance, revient à nier leur minorité et les dangers qui les menacent, s'insurge l'association. Ces mineurs sont d'abord des enfants, avant d'être des migrants, plaide-t-elle.

Caroline Helfter


(1) De nombreux mineurs, qui ont été évalués "adultes" par l'Aide sociale à l'enfance, passent souvent plusieurs mois à la rue avant de voir leur minorité reconnue par un juge.

(2) Permanence pour les mineurs non accompagnés le mercredi de 14h15 à 18h s'il s'agit d'une première consultation, 15 Bd de Picpus, 75012 Paris. Contact : mie.idf@medecinsdumonde.net

(3) Selon MDM, 4000 des 7000 mineurs qui se sont présentés en 2017 au dispositif d'évaluation des mineurs isolés étrangers de Paris s'en sont vu refuser l'accès sur la base de leur apparence physique.

(4) Un rapport remis en janvier au Premier ministre indique qu'il y a eu 71 962 évaluations de minorité et d'isolement en 2017. Dans 58 % des cas (soit 41 741 jeunes), les adolescents ont été reconnus mineurs.


De rêves et de papier
547 jours avec les mineurs isolés étrangers

(éditions La Découverte, 2017, 16 €)

Ils s'appellent Ali, Oumar, Daniel, Fatoumata, Mirjet, Souley ou Youssef. Rozenn Le Berre les a côtoyés pendant un an et demi comme éducatrice spécialisée chargée d'évaluer leur situation. "Pour chacun de ces jeunes ou moins jeunes, j'ai contribué à orienter la décision", explique-t-elle. "Oui ou non. Mineur ou majeur. L'école ou la rue. L'espoir de régularisation ou le centre de rétention". Puis, elle a pris sa plus belle plume pour donner à voir "la violence de ces destins qui s'échouent sur les rives de l'administration française". Pari réussi : c'est passionnant.

C.H.

11 février 2018

Volontariat international : équilibrer les échanges.

Les voyages, c'est bien connu, forment la jeunesse. Ouverture d'esprit, rencontre des autres, découverte de façons différentes de vivre et de penser : on n'en finirait pas de lister les bénéfices du contact personnel avec "le grand livre du monde" — selon une expression des philosophes des Lumières. Pourtant, si les jeunes Français ont depuis longtemps la possibilité d'exercer leur solidarité auprès des populations du Sud, leurs alter ego de ces pays n'ont pas les mêmes opportunités en France. De fait, quelque 20 000 jeunes habitants de l'Hexagone, toutes modalités d'engagement confondues, partent chaque année à l'étranger pour une mission de volontariat. Mais, ce volontariat "transformateur de la personne et transformateur de société", fonctionne à sens unique, pointe Yves Pelletier, ancien responsable de programmes à France Volontaires, organisme public dédié à ce type d'engagements. "On fait de l'international, on n'accueille pas", commente-t-il. D'où l'intérêt du volontariat international de réciprocité, que promeut France Volontaires depuis quelques années. L'idée est simple : "je vais chez toi, tu viens chez moi". Plus diplomatiquement exprimé, il s'agit de remédier à l'asymétrie des relations Nord-Sud en développant des échanges de volontaires entre la France et les pays qui accueillent des jeunes Français. Pas forcément des échanges "un pour un" dans une vision comptable et simultanée de la réciprocité, mais des échanges bi- ou multi-latéraux entre partenaires, qui tendent à s'équilibrer.


C'est en 2010, avec l'instauration du service civique, que la réciprocité des engagements volontaires à l'international se voit juridiquement et financièrement encouragée. La loi du 10 mars 2010, qui crée ce dispositif de volontariat pour les 16-25 ans (30 ans si les jeunes sont en situation de handicap), permet en effet à tous les pays accueillant des volontaires français d'envoyer eux aussi leurs ressortissants effectuer une mission d'intérêt général en France, pour une durée de 6 à 12 mois. Pendant leur séjour, les intéressés bénéficient de la sécurité sociale et d'une indemnité mensuelle de 477 euros que leur alloue l'Agence de service civique – de la même manière qu'elle le fait pour les volontaires français qui partent à l'étranger. La structure française d'accueil (association, fondation, collectivité territoriale, établissement public) se voit, quant à elle, défrayée de 100 euros par mois pour le tutorat du volontaire, mais elle a à sa charge le logement et la souscription d'une complémentaire santé et d'une assurance rapatriement pour ce dernier, ainsi que, très généralement, ses frais de voyage.

Des rencontres improbables

Rencontre entre le projet porté par un organisme non lucratif dans les domaines de l'éducation, du développement, de la santé, de l'action humanitaire, de l'environnement, de la culture, du sport, ..., et le projet personnel d'engagement d'un jeune, le volontariat international de réciprocité est souvent l'occasion de rencontres assez improbables. Par exemple, celle de Ramasta et de Claudia, venues du Burkina-Faso l'an dernier, avec les jeunes Normands qui fréquentent la mission locale de L'Aigle/Mortagne-au-Perche (Orne) où elles ont été chargées d'un rôle d'accueil et de médiation, celle de Jarbas, Brésilien de 22 ans, avec les élèves du lycée agricole de Radinghem (Pas-de-Calais), où il a réalisé en 2016 une mission d'agrotourisme, ou encore celle de Pranjal, 24 ans, originaire de Pondichéry (Inde), avec des collégiens de Mayenne, en Pays de Loire, à qui il a fait partager, d'un même mouvement, sa connaissance de l'anglais et son amour des danses de " Bollywood".

A l'association Cool'eurs du Monde de Bassens (Gironde), qui coordonne depuis 4 ans des programmes de volontariat international de réciprocité, on insiste beaucoup sur la simultanéité des échanges et le caractère à la fois collectif et individuel de la démarche. Ainsi en 2014-2015, dans le cadre du premier projet de ce type monté par l'association, 10 volontaires Aquitains ont rejoint le Sénégal cependant que 9 jeunes Sénégalais ralliaient la France. Deux temps collectifs avaient été organisés pour les intéressés – appariés en binômes en fonction de leurs centres d'intérêt (rugby, hip-hop, développement local, ...) et censés rester en lien durant leurs missions respectives. "Avant le départ des Français, les Sénégalais ont passé 10 jours avec eux en Gironde", précise Jean-Marc Dutreteau, directeur de l'association. Au terme de leur engagement, tous les volontaires se sont à nouveau retrouvés pour relire collectivement leur expérience. En procédant sur ce modèle, Cool'eurs du Monde a orchestré, depuis 2014, une soixantaine d'échanges mutuels entre volontaires, avec des jeunes venus d'une quinzaine de pays – principalement le Sénégal, le Maroc et le Burkina-Faso. "L'idée est aujourd'hui de nous diversifier au niveau des continents et des Etats", souligne Jean-Marc Dutreteau, qui lorgne du côté du Pérou, de l'Equateur, du Cambodge et du Vietnam.

C'est avec le même souci de variété des partenariats et d'équilibre de la réciprocité que les Cemea Bourgogne (Centres d'entraînement aux méthodes d'éducation active) ont piloté, entre 2012 et 2017, plusieurs échanges tri-latéraux entre Bourguignons, Chiliens de la région du Maule et Sud-Africains de la province Cap occidental : 6 volontaires français partaient pour 6 mois en Afrique du Sud et 4 au Chili ; parallèlement, 6 Sud-Africains et 4 Chiliens venaient en Bourgogne. L'éducation au développement et l'ouverture sur le monde étaient au cœur de ces mobilités croisées, au terme desquelles les volontaires voyaient leur expérience valorisée dans leur projet personnel et professionnel. De fait, il y un vrai besoin de reconnaissance de ce qu'apporte aux jeunes – et aux pays – cet engagement à l'international, souligne Pierre Soëtard, directeur de pôle à France Volontaires. Cet apport s'évalue à la fois en termes d'enrichissement interculturel et d'accroissement des compétences, comme celles dont les volontaires font montre quand, à leur retour, ils se lancent dans la création d'activités économiques. 

Généraliser le principe de la réciprocité

L'accueil de volontaires étrangers continue cependant à pécher par sa modestie. En 2016, 1367 Français ont effectué un service civique à l'international, pour environ 150 jeunes non ressortissants de l'Union européenne missionnés dans le même cadre en France. Il est vrai que le montage de tels projets n'est pas simple et prend du temps, reconnaît Pierre Soëtard. Les associations françaises sont notamment confrontées à la question des financements complémentaires mobilisables pour assurer l'accompagnement des jeunes accueillis et couvrir leurs frais de logement. Le coût des loyers étant particulièrement élevé dans les grandes villes, il y a l'alternative de l'hébergement chez des particuliers. Cette formule présente également l'avantage de permettre aux étrangers de se frotter à la vie de famille hexagonale, mais elle ne s'avère pas toujours appréciée ni des volontaires, ni des logeurs.

 En dépit des difficultés, un nombre croissant d'Etats se disent convaincus que la dimension internationale du volontariat doit être encouragée pour nourrir des liens de coopération et de solidarité plus robustes. Une centaine d'acteurs de 22 pays – représentants d'organisations nationales et internationales de volontariat, d'associations d'envoi ou d'accueil, d'agences de développement – se sont retrouvés à Niamey (Niger), fin novembre, pour l'affirmer. "Dans un monde en pleine mutation, où le vivre ensemble est un défi pour toutes les sociétés, le développement de la réciprocité des engagements est une nécessité", s'accordent-ils à déclarer. Cela implique de renforcer et d'élargir les partenariats et, bien sûr aussi, de mobiliser des investissements à la hauteur de l'enjeu. Pour dépasser le stade de la simple pétition de principe, un groupe d'une dizaine d'organisations de 4 continents (Asie, Amérique latine-Caraïbes, Afrique et Europe) a été constitué. Il tiendra sa première réunion fin février au siège de France Volontaires, en banlieue parisienne. A suivre, donc.



                                                                                Caroline Helfter


Pour toute information complémentaire : https://www.france-volontaires.org/-Reciprocite-.html

29 janvier 2018

Devenir bénévole, c'est bon pour son CV !

Etre bénévole, c'est aussi penser à son avenir !
Savez-vous que de plus en plus, en France, des universités et des grandes écoles poussent les étudiants à s'engager dans une activité bénévole afin de faciliter leur admission ou gagner des points dans leurs examens ?
Savez-vous qu'un décret du 10 mai 2017, issu de la loi Egalité et Citoyenneté, entérine la reconnaissance de l'engagement des étudiants en demandant aux établissements d'enseignement supérieur de prévoir un dispositif de validation des compétences, connaissances et aptitudes acquises par leurs étudiants dans l'exercice d'activités associatives, sociales ou professionnelles ?
Mais savez-vous aussi que dans les pays anglo-saxons (USA, Canada...), un CV qui ne fait pas état d'une activité bénévole a peu de chances d'être retenu par un recruteur qui considère alors qu'il y a un "manque" dans le CV ?

En France, le bénévolat inscrit dans un CV est encore souvent sous-estimé, voire non reconnu par beaucoup de recruteurs : crainte que le candidat n'y consacre trop de temps et d'énergie ou qu'il n'adhère pas aux objectifs et à la culture de l'entreprise, en un mot, "qu'il sorte du cadre".

Et pourtant, une étude de l'AFEV, déjà ancienne, montre l'apport que constitue, pour les entreprises, le bénévolat des jeunes en recherche d'emploi, que ce soit en terme de développement personnel (autonomie, responsabilisation, confiance en soi, ouverture au monde, adaptabilité, sens relationnel, écoute, débrouillardise...) qu'en terme de compétences utiles à l'entreprise (organisation, animation, travail en équipe, capacité d'analyse et de synthèse, compétences spécifiques à l'activité bénévole exercée, conduite de projets, prise de parole en public, communication...)

Des CV qui ne disent pas tout
En effet, comment cerner toutes les qualités d'un candidat au seul examen du "CV traditionnel" axé avant tout sur la formation et les compétences professionnelles ?
L'assurance d'une "tête bien faite" est-elle suffisante ? Est-ce l'assurance de la meilleure adéquation possible à un emploi donné, au dynamisme et aux capacités d'innovation indispensables dans une société en crise ?

Et pourtant : 
- L'engagement dans l'animation d'une équipe sportive ne prépare-t-il pas à l'encadrement d'une équipe de travail ?
- Un poste de responsabilité dans une association culturelle n'est-il pas l'occasion d'acquérir des compétences pour négocier, animer des réunions, parler en public, gérer un budget, communiquer ?
- Un travail de  terrain dans un centre social n'est-il pas formateur en matière d'écoute, de dialogue et de savoir-faire face à la diversité des bénéficiaires ?
- Une responsabilité dans une association humanitaire n'a-t-elle pas permis d'acquérir des compétences en logistique et en organisation ?
- La participation à un think tank sur des questions de société n'ouvre-t-elle pas la voie à la conduite de dossiers à connotation stratégique ?

Aujourd'hui, l'engagement et la prise de responsabilités extra professionnels sont insufisamment valorisés et peu présents dans les CV des candidats...tout au plus à la rubrique "divers" ou "loisirs", véritables fourre-tout, à côté de la pratique du badminton !

Des CV qui disent tout
C'est pourquoi, le rapport 2013 sur l'état social de la France et de ses régions, réalisé par l'ODIS (Observatoire du Dialogue et de l'Intelligence Sociale), a proposé, parmi plusieurs leviers d'action, le "CV citoyen" qui offre l'opportunité aux candidats de se faire mieux connaître dans leurs aspirations, leurs compétences acquises et leur capacité d'innovation et d'engagement, sans pour autant minimiser la formation et l'expérience professionnelle. Il s'agit d'un enrichissement.
Pour comprendre ce qu'est le CV citoyen, voici une video et la présentation qu'en fait Jean-François CHANTARAUD, directeur de l'ODIS.


Alors, n'hésitez plus à vous engager et à enrichir votre CV, quel que soit votre niveau de formation et quel que soit le poste envisagé, qu'il s'agisse ou non d'un premier emploi ! Nous avons tous des compétences à valoriser, à côté de la formation et de l'expérience professionnelle.

                                                                    Louise FORESTIER


20 janvier 2018

Objectif de carrière : donner un sens à sa vie

Quelles sont les aspirations professionnelles des futurs managers ? Pour les élèves de classes préparatoires aux grandes écoles de commerce interrogés au printemps dernier (1), l'épanouissement personnel arrive largement en tête (45% des réponses). Cette priorité est autant mise en avant pas les hommes que par le femmes, alors que les premiers plébiscitent ensuite la rémunération (15%). Ce n'est pas le cas des étudiantes qui placent au deuxième rang de leurs préoccupations le désir de favoriser le développement durable, social et environnemental (15%). Parallèlement, l'économie sociale et solidaire se révèle pour tous de plus en plus attractive : 23% des étudiants ambitionnent d'y faire leur trou - soit autant que ceux qui souhaitent  entrer dans un cabinet de conseil - ; il y a quatre ans, ils étaient seulement 14% dans ce cas. Mais là aussi, hommes t femmes se différencient. Ce sont surtout les étudiantes qui se verraient bien dans une ONG ou une association : 27% d'entre elles  placent ce secteur en tête des champs d'activité qu'elles convoitent d'intégrer, alors que ce n'est que le 4è choix de leurs condisciples masculins, toujours très séduits par les institutions financières (banque, assurance).
A l'occasion de son congrès national tenu à Paris le 7 décembre, l'Union des employeurs de l'économie sociale et solidaire (UDES) a aussi cherché à sonder les cœurs de la génération montante, mais avec un focus élargi à l'ensemble des 18-30 ans (2). Pour 70% de ces derniers, le premier critère de choix d'un emploi est le "sens" que cette activité a pour eux. Là encore, comme chez les élèves de prépas, ce sont surtout les femmes qui privilégient la question du sens : elles sont 77% dans ce cas, contre 63% des jeunes gens, pour qui la rémunération est très légèrement en tête de leurs soucis (64%) alors qu'elle est secondaire pour les jeunes femmes (60% de leurs réponses). Dans le trio de tête de leurs aspirations, les deux sexes s'accordent en revanche sur la même envie de trouver un équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle (59% pour les femmes, 56% pour les hommes).

              
                                                                      Caroline HELFTER


(1) Enquête réalisée en mai 2017 par l'EDHEC NewGen Talent Centre auprès de 1275 élèves âgés en moyenne de 20 ans.
(2) Etude #moijeune OpinionWay/20 Minutes pour l'UDES réalisée entre le 9 et le 13 novembre 2017 auprès d'un échantillon de 1075 personnes représentatif de la population française entre 18 et 30 ans.